




C’est plein d’entrain que je me suis présenté dans la rade de Genève un matin d’été pour m’élancer sur la trace du challenge GravelXSwiss (https://gravelxswiss.ch).
Objectif : traverser la Suisse en gravel en 10 jours.
Spoiler : c’est faisable. Mais c’est quand même un peu extrême.
Jour 1 — Genève → Châtel-St-Denis. Première déception, le jet d’eau est éteint à 7h30, tant pis on fait la photo quand même. Ma nouvelle machine, toute en titane, me donne l’impression de voler. Le Lavaux est toujours aussi magnifique mais la montée sur Châtel-St-Denis me remet à ma place. Je m’écroule devant la Coop avec une tarte à la rhubarbe et un demi-litre de lait chocolaté. La pluie arrive, je prends une chambre pour éviter de noyer le matos dès le premier soir.
Jour 2 — Châtel-St-Denis → Bern. Départ sous la pluie battante. Retrouvailles avec Gaëtan, mon compagnon pour deux jours. 500m de dénivelé dans la boue, des passages à 25%, beaucoup de Hike&Bike. Meringues double crème à Gruyère pour se consoler. Panorama extraordinaire sur Fribourg. On finit au camping TCS à 21h15, in-extremis dans un bungalow. Dîner : nouilles instantanées et deux bières négociées à la réception. Seule ombre au tableau : j’ai perdu une chaussette dans la machine à laver.
Jour 3 — Bern → Interlaken et au-delà. Matinée roulante, les jambes ont oublié l’agonie de la veille. Gaëtan me quitte à Interlaken, la pluie pas. Je tombe sur un panneau « Holzschlag » et je prends le raccourci. Grosse erreur. Sentier étroit, lit de rivière, escalade de rochers avec le vélo. Je finis dans un hôtel new age à manger des nouilles instantanées pour le deuxième soir d’affilée.
Jour 4 — Direction Schwyz. Miracle matinal : chaussures sèches grâce à un tuyau d’air chaud repéré derrière le poêle. Le miracle dure 10 minutes, déluge. La trace le long du lac des 4 cantons est top quand même. Course contre la montre pour arriver au Husky Lodge avant la fermeture à 17h30 — « Dépêchez-vous hein ! ». J’arrive à 17h05 en ayant bien appuyé sur les pédales, merci.
Jour 5 — Pragelpass → Appenzell. La Pragelpass, 900m de dénivelé à 5km/h en mode escargot. Premier pschit suspect du pneu arrière, la pompe électrique fait des miracles. Pause Burger King où un cycliste soixantenaire me tend une banane : « Prends ça, tu en auras plus besoin que moi ». Le vélo permet de telles rencontres. Je décide de pousser jusqu’à Appenzell et ses 550km au compteur. Les étoiles semblent alignées.
Jour 6 — Appenzell → Buchs. Le liquide anti-crevaison se perce dans ma sacoche. Nettoyage. Vent de face toute la journée, y compris en remontant le Rhin. À 20km de l’arrivée, gros pschit, ma jambe est couverte de liquide rose. WhatsApp au vélociste : « Si la pression tient, c’est le miracle. » Je finis à 17km/h en priant et ça passe. De justesse.
Jour 7 — La grosse journée. Dimanche en Suisse allemande bien rangée = tout est fermé. Dans un village, une dame me vend un AlpenCola tiède aux herbes qu’elle a ramassées le matin : « Avec ça tu montes au col rapidement, c’est la force d’ici que tu bois. » Les taons, mes meilleurs potes depuis plusieurs jours, me dévorent les mollets. Ancienne route désaffectée au fond d’une gorge, tunnels pas éclairés, pont ferroviaire à 100m de haut. Vertige assuré.
Jour 8 — La vallée de Davos. 25km d’asphalte sur 83, c’est vraiment du gravel. La trace sud de Davos est un paradis pour les yeux. L’ancienne route au fond de la gorge avec ses vieux ponts et ses tunnels est insane. Petit cours de mécanique par WhatsApp avec mon vélociste pour régler un disque qui frotte. Pas de reconversion en vue.
Jour 9 — La galère totale. J’ai failli abandonner. La montée de 22km vers le col à 2000m se passe bien jusqu’à ce que le pneu lâche pour de bon. Premier méchage de ma vie, YouTube ouvert dans une main, la mèche dans l’autre. 30 minutes plus tard ça repart. Descente, vallée, re-pschit, re-mèche, 500m plus tard re-re-pschit. Les 20 derniers km à 7km/h max pour ménager le pneu. Montée du San Bernardino avec la peur au ventre. À 2km du village, la mèche lâche encore. Je finis en mode trottinette. Par chance, il y a un magasin de vélo dans le village. Je me poste devant pour l’ouverture.
Jour 10 — Morcote, enfin. Le jeune mécano n’a clairement pas l’habitude. Il tremble, casse un démonte-pneu, serre mon axe comme un malade. Je lui montre le truc de la gorge centrale de la jante (merci Jon). On repart à 10h30 avec une chambre à air. Descente magnifique de San Bernardino, chaleur, dernière montée par une voie romaine où l’on pousse le vélo. Et évidemment, crevaison. L’axe est tellement serré que je ne peux plus l’enlever. Rustine sur la roue montée. On finit quand même par arriver à Morcote, au bord du lac, là où tout était prévu.
Le bilan ? 10 jours, des paysages à couper le souffle, des galères mécaniques à la pelle, des nouilles instantanées, des rencontres improbables, une banane offerte par un inconnu, une chaussette perdue et un challenge bouclé.
Je ne suis pas un surhomme, je fais à peine 5000 km en vélo chaque année. Le challenge GravelXSwiss est faisable en 10 jours, mais c’est extrême — Gaëtan peut en témoigner. Par contre les paysages traversés et les personnes rencontrées valent vraiment cet effort.
À vous maintenant de tenter l’aventure, elle vous tend les bras.







